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Citations

Commandant Cousteau (paru dans Paris-Match 30 mai 1991)

« Le monde périra étouffé par les berceaux »

Essayons d’imaginer ce que pourrait être un monde de 14 milliards d’habitants. Parviendra-t-on à les nourrir tous ?  C’est techniquement possible, mais pour cela, il aura fallu renoncer définitivement à la qualité et à la variété de la nourriture. Les gens subsisteront avec un nombre très limité de produits alimentaires : par exemple, du soja, avec tous ses dérivés, et des volailles élevées en batterie, les pattes fixées sur une planche, avec un tapis roulant devant elles pour distribuer la nourriture et un autre derrière pour ramasser les déjections. La viande de boucherie sera un luxe inouï, tant il sera difficile de trouver de la nourriture pour les quelques vaches, moutons ou cochons qui subsisteront encore. Quand aux autres animaux, à part les insectes, ils auront bien sûr presque tous disparus.

Paris-Match – Pourquoi disparu ?

Mais tout simplement parce que l’air et l’eau seront empoisonnés, parce que les pesticides auront détruit les biotopes… ou, plus simplement encore, parce que les hommes auront pris toute la place !

Autre chose : ces 14 milliards d’hommes, comment arrivera-t-on à les loger ? On les logera, mais dans du béton. On les entassera dans des cités surpeuplées, pire encore que ces banlieues de la misère que nous connaissons déjà à Mexico, à Sao Paolo, à Calcutta ou au Caire.

Imaginez… petit à petit, la Terre se couvrira de béton, il faudra bien que les hommes pour construire et entretenir tout cela, consomment de plus en plus d’énergie ; en conséquence, l’atmosphère continuera à se réchauffer et l’air sera de plus en plus pollué. Il faudra alors installer partout l’air conditionné. Du coup, les gens ne sortiront plus de chez eux. Et d’ailleurs, pourquoi sortiraient-ils  sinon pour aller de béton en béton ? Il n’y aura plus de promenade à faire rien à voir en dehors des habitations. Plus rien… même pas un papillon !

Paris-Match – C’est un univers concentrationnaire que vous nous annoncez là !

Mais ouvrez les yeux ! …

… Je ne suis pas un prophète, je me contente d’être témoin…

Je ne veux pas pour nos enfants d’un monde où ils n’auraient pas d’autre idéal que d’assurer leur simple survie. J’aime mille fois mieux lutter pour un monde où les hommes ne seraient que 700 à 800 millions, mais où ils pourraient tous profiter des agréments, matériels et culturels, d’une existence épanouie.

Car quel est l’objectif que nous devons poursuivre ? Assurer seulement la nourriture, le logement et la sécurité d’une humanité en croissance incontrôlée en se désintéressant de tout ce qui est qualité de vie ? Ou au contraire, tout faire pour parvenir à un développement harmonieux de la conscience humaine autant que de la science, de la culture autant que de l’agriculture et de la création artistique autant que des inventions techniques ? Pour ma part, j’ai fait mon choix; je suis prêt à jeter toutes les forces qui me restent dans cette bataille pour le vrai développement de l’humanité.

Paris-Match – … Ainsi donc, par delà toutes les pollutions…

… vous dénoncez maintenant l’explosion des berceaux comme le péril majeur, l’ennemi public n°1 de l’humanité

C’est exactement ce que j’ai déclaré le 13 mars dernier, lors de l’inauguration solennelle de la chaire d’échotechnie que l’université de Bruxelles vient d’ouvrir et qui porte mon nom…etc.

Claude Lévi-Strauss (paru dans «l’Obs» le 9 juin 2005)

La population mondiale comptait à ma naissance 1,5 milliard d’habitants. Quand j’entrai dans la vie active, vers 1930, ce nombre s’élevait à 2 milliards. Il est de 6 milliards aujourd’hui, et il atteindra 9 milliards dans quelques décennies, à croire les prévisions des démographes. Ils nous disent certes que ce dernier chiffre représentera un pic et que la population déclinera ensuite, si rapidement, ajoutent certains, qu’à l’échelle de quelques siècles une menace pèsera sur la survie de notre espèce. De toute façon, elle aura exercé ses ravages sur la diversité non pas seulement culturelle mais aussi biologique en faisant disparaître quantité d’espèces animales et végétales.

De ces disparitions, l’homme est sans doute l’auteur, mais leurs effets se retournent contre lui. Il n’est aucun, peut-être, des grands drames contemporains qui ne trouve son origine directe ou indirecte dans la difficulté croissante de vivre ensemble, inconsciemment ressentie par une humanité en proie à l’explosion démographique et qui – tels ces vers de farine qui s’empoisonnent à distance dans le sac qui les enferme bien avant que la nourriture commence à leur manquer – se mettrait à se haïr elle-même parce qu’une prescience secrète l’avertit qu’elle devient trop nombreuse pour que chacun de ses membres puisse librement jouir de ces biens essentiels que sont l’espace libre, l’eau pure, l’air non pollué.

Albert Jacquard « Petite philosophie à l’usage des non-philosophes » – Questionné par Huguette Planès, professeur de philosophie au lycée Rascol (Albi)

A quoi est due l’explosion démographique ? Quelles sont les mesures à prendre pour éviter la surnatalité et infléchir la fécondité des hommes ?

Cette explosion de l’effectif de notre espèce (il a quadruplé entre le début et la fin du XXème siècle, il a doublé au cours des 40 dernières années) est tout simplement due au progrès obtenu dans la lutte contre la mort des enfants. Ces progrès ne nécessitent pas une médecine de pointe ; il résulte essentiellement d’une meilleure hygiène et de campagnes de vaccination. Autrefois fécondité et mortalité infantile s’équilibrait ; nous avons conclu cet équilibre grâce à notre belle victoire, empêcher un enfant de mourir. Pour retrouver un équilibre, la seule possibilité est de limiter la fécondité, ce qui suppose un changement fondamental de notre attitude de la procréation. Procréer était autrefois un devoir ; c’est désormais un droit limité. Ce changement d’attitude a été réalisé dans les pays développés en un peu plus d’un siècle ; il est maintenant nécessaire que les pays en développement accomplissent la même transformation des mentalités. Plus ce sera rapide, moins dramatiques seront les problèmes posés par l’accroissement des effectifs. Il est de l’intérêt de tous de parvenir le plus rapidement possible à l’équilibre. Cet objectif ne peut être atteint que par une généralisation de l’éducation, y compris de l’éducation des jeunes filles. Or les pays pauvres ne peuvent, à cause de leur pauvreté, développer leur système éducatif et s’enfonce dans une « spirale vicieuse » : la pauvreté entretient l’explosion démographique, qui entretient la pauvreté. La seule issue est une aide des pays riches : pourquoi ceux-ci ne prendraient-ils pas en charge une part du coût du système éducatif des pauvres ?

Quelles sont les limites démographiques de la planète ? Qu’est-ce qui doit changer dans le mode de vie ?

La question cruciale est : combien la terre peut-elle supporter d’humains ? Ce qui nécessite de répondre d’abord à la question : quelle sorte d’humains ? Si ce sont des hommes se contentant de demander à la terre leur nourriture, la réponse est : certainement plus de 10 11 milliards ; mais si ce sont des hommes aussi exigeants que les occidentaux d’aujourd’hui, n’hésitant pas à détruire des richesses non renouvelables, comme le pétrole, lentement renouvelables, comme le bois, la réponse est : certainement moins de 1 milliard.

Ces chiffres caractérisent à eux seul le drame vers lequel nous nous dirigeons si nous ne mettons pas rapidement un terme à la boulimie de consommation des sociétés les plus riches. Or, loin de prendre conscience du renversement d’attitude qui s’impose, ces sociétés cherchent dans la croissance de la consommation le remède à leurs difficultés. Comment ne voit-elle pas que cet aveuglement les conduit à la catastrophe ?


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